Le pétrole progresse, l’incertitude sur Hormuz l’emportant sur des stocks américains contrastés
Les contrats à terme sur le pétrole ont progressé, l’incertitude renouvelée entourant le calendrier d’une réouverture durable du détroit d’Ormuz ayant réintroduit une prime géopolitique. À 3 h 14, heure de Paris, le 11 août 2026, les données différées accessibles au public de CME faisaient ressortir le WTI pour livraison en septembre 2026 à 82,26 dollars le baril, tandis que les données différées d’ICE indiquaient le Brent pour livraison en octobre 2026 à 87,85 dollars le baril.
Ces relevés ne sont pas directement comparables : ils portent sur des contrats, des plateformes et des délais de cotation différents. Les cours publics étaient différés d’au moins 10 minutes sur CME et de 15 minutes sur ICE.
Situation actuelle du marché pétrolier
Le risque sur le transport maritime dans le Golfe au premier plan
Un article de marché d’Associated Press (AP), publié le 10 août, faisait état d’une hausse d’environ 5 % du Brent, les investisseurs réévaluant le délai nécessaire à la normalisation du transport maritime dans le détroit d’Ormuz. Les cotations observées ultérieurement ont confirmé que les deux références évoluaient à des niveaux élevés, même si les tableaux de cotations publiques utilisés ne fournissaient pas de prix de règlement antérieur comparable.
La situation physique demeure fragile. Kpler a indiqué le 31 juillet que le rebond des transits de navires dans le détroit d’Ormuz les 28 et 29 juillet s’était essoufflé dès le lendemain, ce qui laisse incertaine la durabilité de cette reprise. Cette évaluation est antérieure à la récente hausse des prix, mais elle aide à comprendre pourquoi les cours restent très sensibles aux nouvelles concernant le transport maritime.
Les stocks américains livrent des signaux opposés
Le rapport de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) pour la semaine close le 31 juillet montre une hausse de 2,5 millions de barils des stocks commerciaux de pétrole brut, hors Réserve stratégique de pétrole des États-Unis (SPR), à 407,0 millions de barils. Les stocks de Cushing ont augmenté de 2,4 millions de barils, à 21,0 millions de barils.
Cette accumulation de brut a coïncidé avec une hausse de 515 000 barils par jour des importations hebdomadaires et une baisse de 183 000 barils par jour des volumes traités par les raffineries.
Les produits pétroliers présentent en revanche un tableau plus tendu. Les stocks d’essence ont diminué de 1,6 million de barils, à 209,7 millions de barils, soit environ 7 % sous leur moyenne saisonnière sur cinq ans. Les stocks de distillats ont reculé de 3,5 millions de barils, à 107,2 millions de barils, soit approximativement 12 % sous cette référence.
Le taux d’utilisation des raffineries est resté élevé, à 96,5 %. Sur quatre semaines, les livraisons totales de produits ont atteint en moyenne 20,4 millions de barils par jour, en baisse de 0,9 % sur un an, tandis que les composantes essence et distillats étaient légèrement plus élevées.
Analyse du marché pétrolier
La normalisation des transits constitue le principal facteur de bascule à court terme
La question centrale est de savoir si l’augmentation du trafic maritime peut se maintenir sans nouvelle interruption. L’analyse des flux de Kpler suggère qu’une amélioration temporaire ne constitue pas nécessairement un retour durable à des opérations normales.
Cette distinction est déterminante, car la prime de risque actuelle est principalement liée à la confiance dans le corridor maritime plutôt qu’à une seule donnée publiée de production.
Pour les raffineurs asiatiques, cette incertitude affecte à la fois la disponibilité et le coût du brut. Dans son Oil Market Report de juillet, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a relevé un recul de l’activité des raffineries en Asie, le conflit ayant contraint l’approvisionnement. Kpler a également identifié la participation de la Chine comme une variable importante de la demande.
En Europe, la transmission est surtout visible à travers le Brent et les coûts de raffinage, ce qui rend le rythme de normalisation des flux du Golfe pertinent bien au-delà de la région.
La faiblesse des stocks de produits compense partiellement l’accumulation de brut
Les dernières données américaines ne permettent pas une lecture simplement baissière des stocks. Les stocks de brut ont augmenté, particulièrement à Cushing, mais les stocks d’essence et de distillats ont diminué alors qu’ils se situaient déjà à des niveaux saisonniers faibles. Le taux élevé d’utilisation des raffineries indique que celles-ci continuaient de traiter des volumes substantiels malgré le recul hebdomadaire des intrants.
Cette divergence peut entretenir la volatilité du marché du brut. La poursuite des prélèvements sur les stocks de produits soutiendrait la demande de brut des raffineries. À l’inverse, une nouvelle accumulation importante des stocks commerciaux de brut ou des stocks de Cushing renforcerait l’idée d’une offre à court terme plus abondante en dehors de la contrainte liée au transport dans le Golfe.
La prochaine publication hebdomadaire de l’EIA, prévue le 12 août, constituera le test le plus immédiat.
L’offre des producteurs et les prévisions de demande exercent des forces opposées
Sept participants de l’OPEP+ ont approuvé un relèvement de la production de 188 000 barils par jour pour septembre. Ils ont également réaffirmé que les pays ayant précédemment dépassé leurs niveaux de production devaient achever leurs compensations.
Cette augmentation constitue un facteur baissier modéré si elle est effectivement mise en œuvre. Toutefois, l’issue pour l’offre réelle dépendra du respect des engagements, du processus de revue mensuel et des conditions opérationnelles régionales.
Les projections de demande restent prudentes. Les perspectives de juillet de l’AIE prévoient une contraction de la demande mondiale de pétrole de 1 million de barils par jour en 2026, avant une croissance de 2 millions de barils par jour en 2027. L’agence a estimé l’offre de juin à 98,8 millions de barils par jour, soit encore 9,4 millions de barils par jour sous le niveau d’avant-guerre, et a conditionné sa trajectoire de reprise à une désescalade.
Dans son scénario central de juillet, ING prévoyait un Brent à 80 dollars le baril au troisième trimestre, à 74 dollars au quatrième trimestre et à 70 dollars en 2027, en supposant l’absence de nouvelle perturbation significative dans le détroit d’Ormuz. Son scénario plus perturbé envisageait un test des 100 dollars au troisième trimestre.
Ces niveaux constituent des repères de scénario et non des objectifs de prix au comptant actuels : ils ont été publiés avant la hausse du 10 août. Ils soulignent surtout à quel point les perspectives dépendent du rétablissement du transport maritime et de l’offre.
Graphiques clés du marché pétrolier
Stocks commerciaux américains de brut, d’essence et de distillats
Le dernier relevé de l’EIA illustre le caractère contrasté du signal envoyé par les stocks. Les stocks commerciaux de brut ont augmenté par rapport à la semaine précédente, tandis que ceux d’essence et de distillats ont diminué. Les trois catégories sont restées sous leurs niveaux comparables d’un an plus tôt.
Le recul des stocks de produits est particulièrement important, car il réduit la marge de sécurité offerte par les stocks face à d’éventuelles nouvelles perturbations d’approvisionnement ou de raffinage.
Source : Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), Weekly Petroleum Status Report, semaine close le 31 juillet 2026. Valeurs en millions de barils.
Conclusion
Le soutien des prix à court terme repose sur le risque non résolu concernant le transport maritime dans le détroit d’Ormuz et sur la faiblesse des stocks américains de produits pétroliers. Ces facteurs sont en partie compensés par la hausse des stocks de brut aux États-Unis, l’augmentation de production prévue par l’OPEP+ en septembre et des prévisions institutionnelles qui anticipent une demande plus faible ou une offre plus disponible si la désescalade se confirme.
L’enjeu principal porte donc sur le calendrier : les flux physiques pourraient se normaliser assez rapidement pour réduire la prime de risque, ou de nouvelles perturbations pourraient maintenir le Brent et le WTI à des niveaux élevés malgré un ralentissement de la croissance de la demande sous-jacente. Les indicateurs les plus utiles seront les données vérifiées sur les transits dans le détroit, la publication de l’EIA du 12 août, la mise en œuvre de l’ajustement de l’OPEP+ et les signes d’une reprise des achats chinois de brut ainsi que de l’activité des raffineries asiatiques.
Sources
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CME Group, WTI Crude Oil Futures Quotes, cotation différée relevée le 11 août 2026 — Source.
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ICE Futures Europe, Brent Crude Futures Data, cotation différée relevée le 11 août 2026 — Source.
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Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), Weekly Petroleum Status Report, semaine close le 31 juillet 2026 ; publié le 5 août 2026 — Source.
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Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Seven Participating Countries Approve a September 2026 Production Adjustment, 2 août 2026 — Source.
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Kpler, What the Strait of Hormuz's Fragile Recovery Signal Means for Oil Flows and Prices, 31 juillet 2026 — Source.
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ING Think, Oil Off Its Highs, but Risks Return, 9 juillet 2026 — Source.
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Agence internationale de l’énergie (AIE), Oil Market Report — July 2026, 10 juillet 2026 — Source.
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Associated Press (AP), US Stocks Edge Down From Their Record After Oil Prices Climb 5%, 10 août 2026 — Source.
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