Les taux longs à un plus haut depuis près de 30 ans, sur fond d’inquiétudes budgétaires et de tensions au Moyen-Orient
Les taux longs subissent une nouvelle pression à la hausse, à un niveau élevé inédit depuis près de 30 ans. À l’inquiétude suscitée par la politique budgétaire expansionniste du gouvernement de Sanae Takaichi s’ajoute l’instabilité accrue au Moyen-Orient. Si les craintes budgétaires s’intensifient encore, les taux longs pourraient tester 3%.
Vigilance sur le projet de ligne directrice budgétaire de base
Sur le marché obligataire japonais du 8, le rendement de la nouvelle obligation d’État à 10 ans est brièvement monté à 2,87%, soit 0,025 point de pourcentage de plus que la veille. Il s’agit d’un plus haut depuis septembre 1996, époque à laquelle l’emprunt de référence le plus échangé servait de taux long, et des facteurs domestiques comme étrangers ont poussé les taux à la hausse.
La perspective d’une révision du projet accentue les inquiétudes
Le marché s’est concentré sur le projet de grandes lignes de la politique de gestion économique et budgétaire du gouvernement, la ligne directrice dite 'bonezu'. Dans le projet présenté le 30 juin, les dépenses budgétaires supplémentaires à partir de l’exercice 2027 étaient supposées à environ 10 000 milliards de yens par an en termes réels. En revanche, la mention de l’assainissement budgétaire, présente jusqu’en 2025, a disparu et a été remplacée par la soutenabilité.
Concernant la politique monétaire de la Banque du Japon, le texte indiquait qu’une 'mise en œuvre appropriée de la politique monétaire' est 'extrêmement importante' et appelait à une coopération étroite entre le gouvernement et la banque centrale. Cette lecture a renforcé l’idée d’un relâchement de la discipline budgétaire, ainsi que celle d’une volonté de contenir la Banque du Japon alors qu’elle poursuit ses relèvements de taux, accentuant ainsi la hausse des rendements.
Le gouvernement a tenté d’éteindre l’incendie. Lors de sa conférence de presse après le Conseil des ministres le 7, le ministre de l’Économie et des Finances, Minoru Jinnai, a répliqué que cette interprétation 'diffère de l’intention du projet et relève d’un malentendu'. Le soir même, le Asahi Shimbun a rapporté que le gouvernement examinait une modification de certaines formulations liées à la politique monétaire dans le projet de ligne directrice budgétaire.
Sur les marchés, certains y voient aussi le reflet de l’inquiétude du gouvernement face à la hausse des taux. Toutefois, dans une note datée du 8, Takuya Okuzawa, stratégiste en chef taux chez SMBC Nikko Securities, a souligné qu’à partir du moment où l’idée s’est installée que les relèvements de taux de la Banque du Japon seraient limités dans un contexte de quête d’une économie forte par le gouvernement, il serait assez difficile de la remettre en cause.
Les tensions au Moyen-Orient font grimper le pétrole
Du côté des facteurs externes, les tensions entre les États-Unis et l’Iran se ravivent au Moyen-Orient. Le Commandement central américain a annoncé, tôt le 8, avoir lancé des frappes d’envergure en représailles à l’attaque par l’Iran d’un navire marchand naviguant dans le détroit d’Ormuz. Le contrat à terme américain sur le pétrole brut le plus proche de l’échéance a brièvement atteint, dans la matinée du 8 heure du Japon, le haut de la fourchette des 72 dollars par baril, un plus haut de deux semaines.
Le Commandement central américain a indiqué dans la matinée du 8, heure du Japon, que l’opération était terminée. Il a précisé avoir frappé, en plus des systèmes de défense aérienne iraniens et des installations radar côtières dans et autour du détroit d’Ormuz, plus de 60 petites embarcations des Gardiens de la révolution islamique. Si les prix du brut ont reculé par rapport à plus de 110 dollars le baril en mars-avril, une persistance à des niveaux élevés continuerait de peser sur les prix à la consommation au Japon et pourrait aussi contraindre les autorités à de nouvelles dépenses budgétaires pour contrer la hausse du pétrole.
Le gouvernement Takaichi met en avant une stratégie de croissance couvrant 17 secteurs stratégiques, avec plus de 370 000 milliards de yens d’investissements publics et privés d’ici l’exercice 2040. Dans une enquête spéciale QUICK Tankan sur juillet, publiée le 8, 61% des réponses dans l’ensemble des secteurs ont estimé que cette stratégie de croissance 'relèverait légèrement le potentiel de croissance de l’économie japonaise', soit la réponse la plus fréquente sur son impact. L’option 'contribuerait fortement à dynamiser l’activité économique et à conduire l’économie japonaise vers une croissance vigoureuse' a recueilli 20%.
Si les milieux industriels placent des attentes dans cette stratégie, le risque existe aussi de voir gonfler la seule dette publique si les effets ne se matérialisent pas suffisamment. Takuya Onizawa, stratégiste obligataire chez Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities, a déclaré que si les inquiétudes budgétaires venaient à peser davantage, les taux longs pourraient encore monter.
Si cet article vous a été utile, n’hésitez pas à le partager.